Bruno ([info]brouchou) wrote,
@ 2005-03-24 15:00:00
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Oui ou non : le paradoxe du vote pour la constitution


Je suis un libéral mais un libéral qui votera NON à la Constitution pour l'Europe. Le billet d'aujourd'hui n'a pour autre objectif que de vous expliquer pourquoi, tombant ainsi ipso facto dans la catégorie des libéraux français qui refusent le compromis libéral européen au risque de voir sa voix noyée parmi celles d'indécrottables étatistes, de gauche comme de droite. C'est ainsi, en France comme partout ailleurs, on aime bien mettre les gens dans des catégories, le classement rassure, la catégorisation permet d'identifier voire d'éliminer plus facilement si le besoin s'en fait sentir !

Il est à ce jour très clair que la coalition du « non » va rassembler des opinions totalement hétéroclites voire parfois diamétralement opposées. De l'extrême gauche à la branche radicale du PS en passant par les souverainistes pour arriver sur le front de l'extrême droite, sans oublier certains libéraux dont je fais partie, l'oriflamme du non aura plus allure de patchwork que d'une banderole unicolore.

On peut dès lors se poser la question de savoir un vote majoritaire du « non » sera à ce point catastrophique. Pour une partie de la classe politique française : certainement. Mais au-delà de ces préoccupations électoralistes, je n'en suis absolument pas convaincu. Rappelons en effet que le projet de constitution ne doit de toute façon pas s'appliquer avant la fin 2009. L'Europe continuera donc de fonctionner sous la règle du Traité de Nice si mes informations sont exactes.

Je vois donc dans ce vote un moyen unique de sanctionner notre noblesse d'État et d'arrêter un processus qui s'est littéralement mis en place à l'insu des peuples. Insistons au passage sur le fait que cette constitution a été rédigée par un club du troisième âge : 10 personnes de moins de cinquante ans et aucune en dessous de 40. Mes lecteurs séniors excuseront au passage l'utilisation de cette hyperbole mais en France comme en Europe, la politique semble être une histoire de sages. J'avais d'ailleurs déjà mentionné ce point dans un précédent billet : l'Europe au service des réformes. Comment une cinquantaine de personnes, pour lesquelles vous n'avez certainement pas plus de respect ou de sympathie que moi , peuvent-elles s'arroger le droit de définir ce qu'elle juge bon pour un demi-milliard d'individus ? Doit-on rappeler que la constitution n'a nulle autorité. Dire oui à la constitution Euopéenne, c'est accepter la mise en place d'un nouveau pouvoir eurocratique, c'est donner les pleins pouvoirs à des bureaucrates en chemise bleue étoilée qui n'auront de cesse de vous spolier afin que soient garantis leurs salaires. Dire oui à la constitution européenne, c'est dire oui à un machin que vous n'aurez même pas lu, et quand bien même vous auriez fait cet effort, qu'en aurez-vous retenu ? Croyez-vous qu'en signant la constitution européenne, la France comptera moins de chômeurs en 2010 ? Foutaises ! Cette constitution, bien qu'« ultralibérale » aux yeux des gens de gauches n'empêchera nullement l'application d'une politique socialiste. À quoi bon soutenir un truc étatique supplémentaire ? N'a-t-on pas suffisamment à faire avec notre Léviathan français qu'il faille en supporter un autre à l'échelle de l'Europe ?

Le paradoxe réside malgré tout dans le fait que les directives européennes ont permis à la France d'évoluer dans le bon sens. Bien entendu, les gauchistes de tous bords nous servent à chaque occasion la soupe de « l'ultralibéralisme » européen quand les libéraux croisent les doigts pour que la directive Bolkestein ne soit pas touchée ! D'un point de vue libéral, les directives imposées par la toute puissante commission européenne ont certainement permis de mettre fin à bon nombre de petites magouilles à la française : monopole de l'assurance maladie, aide aux entreprises et à divers organismes par des financements publics etc.

N'oublions pas que l'Europe signifie avant tout la libre circulation des personnes, des biens et des services dans l'espace communautaire. Et voici mis en exergue un second paradoxe : ceux-là mêmes qui soutiennent le « oui » sont fermement opposés à la directive Bolkestein. Nos grands défenseurs des droits sociaux ne seraient-ils pas en fin de compte que d'affreux nationalistes qui s'ignorent, uniquement préoccupés par préserver leurs petits intérêts.

Il faut comprendre que la libre circulation des personnes et des services est avant tout une garantie de croissance et de prospérité. De nombreux économistes, toutes étiquettes confondues, s'accordent à le dire et c'est peut-être aussi pour cette raison que la France est une fois de plus la risée de l'Union ! Quand on voit Chirac fustiger le libéralisme, on croit rêver. Un président de droite plus socialiste que les socialistes ! La directive Bolkestein, voilà bien une réelle opportunité pour beaucoup de pays (ceux de l'est notamment) d'augmenter de manière significative leur niveau de vie. On peut établir un parallèle avec les subventions étatiques versées aux agriculteurs des pays riches qui sont en fait un frein évident au développement des pays pauvres qui ne peuvent vendre leurs produits, pourtant beaucoup plus concurrentiels. Mettre un frein à la directive Bolkestein reviendrait à faire strictement la même chose.

Malheureusement sur ce point, convaincre les gens que vivre sous un régime de liberté est hautement plus bénéfique pour tous qu'un régime étatique et protectionniste n'est pas chose facile. En tout cas, j'échoue lamentablement chaque fois que je me livre à cet exercice.
Prenons l'exemple d'une personne de l'est qui viendrait travailler en France en étant soumise au droit social de son pays (c'est-à-dire : moins d'impôts, moins de charges sociales, donc plus compétitive). Pour beaucoup de personnes, autoriser un tel acte reviendrait à venir voler le pain de la bouche des français. Les politiques s'empressent de dénoncer le dumping social et proposent d'ailleurs de mettre en place une batterie de mesures protectionnistes ? Sarkozy par exemple, en refusant notamment l'attribution de fonds structurels à certains nouveaux pays de l'Union. Il ne leur serait pas venu à l'idée de procéder à l'inverse, c'est-à-dire de diminuer fortement la pression fiscale qui pèsent sur nos entreprises et les citoyens français en général afin de redonner un bol d'air aux producteurs et à toutes les forces vives de ce pays. Mais bien entendu, cela les obligerait à dégraisser le mammouth étatique dans sa globalité ce qui va bien entendu à l'encontre de leurs intérêts. Les politiques peuvent parfois avoir des moments de lucidité, mais de là à scier la branche sur laquelle ils sont assis, ils ne sont pas fous !

Alors comment convaincre ? Ne souhaitant pas échouer une fois de plus en me livrant à des démonstrations scabreuses qui ne convaincront que les initiés aux thèses libérales, j'en appellerai si vous le voulez bien à ce cher Frédéric Bastiat en citant ce texte remarquable : Travail Humain, Travail National.

Comme l'indique parfaitement Bastiat : « il ne faut pas nier que dans le cours de la transformation, une certaine masse de travail aura été déplacée ». Il insiste aussi sur le fait que « si la prohibition n'eût jamais existé, le travail se serait classé de lui-même selon la loi de l'échange, et nul déplacement n'aurait eu lieu ».

Revenons donc maintenant à un exemple concret. Je fais construire ma maison dans un petit coin de France et j'ai la possibilité de prendre une entreprise de maçonnerie locale ou de faire appel à une équipe de maçons étrangers (polonais, roumains ou que sais-je encore) actuellement dans la région et bien décidés à faire valoir leurs qualités de bâtisseurs. Le premier m'établit un devis s'élevant à 50000 euros alors que le second prétend réaliser le même travail pour seulement 35000 euros. Les partisans du travail national crieront à l'imposture ! Le syndicat des maçons et ouvriers de France ira de ce pas réclamer des subventions à l'État pour préserver le travail national sans se préoccuper de la provenance de cette richesse, bien entendu ponctionnée au contribuable ce qui n'enrichit en rien le pays. Dans le second cas, l'économie de mes 15000 euros me permettra de partir en vacances, faisant ainsi travailler par exemple un petit hôtelier du sud de la France. Où peut-être déciderai-je alors de confier mes travaux de plâtrerie par un artisan du coin. Vous l'aurez donc bien compris, cette économie réalisée est au profit du consommateur mais aussi d'autres producteurs qui vont pouvoir en bénéficier. Je vois bien alors les étatistes de tous bords m'opposer l'argument suivant : et si tous les autres producteurs deviennent plus compétitifs que nous ? C'est que l'étatisme français aura atteint un point de non retour, un point ou notre pays n'aura finalement plus rien à offrir, un point où les gens qui tentent désespérément de produire de la richesse dans ce pays seront à ce point spoliés qu'il lui faudra finalement renoncer. Mais ce jour-là, l'État et son administration obèse mourront aussi car il n'y aura plus personne pour financer sa gabegie.

De manière générale, c'est vrai pour la France comme pour tout autre pays, on a jamais intérêt à financer et soutenir une activité ou une production qui peut être réalisée sous de meilleurs auspices. Les raisons peuvent être multiples : exploitation des ressources naturelles plus aisée, main d'œuvre meilleur marché, technologie plus avancée etc. Dans un marché libre, il n'y a pas de destruction brutale d'emplois comme les licenciements auxquels la France est confrontée chaque mois, dans un régime de liberté, le pays prospère et le travail se classe de lui-même.

La priorité reste donc selon moi de mettre un frein au pouvoir étatique. Dire non à la création d'un super état européen, ce n'est pas être anti-européen, bien au contraire. Dire oui au référendum, c'est donner les pleins pouvoirs à des bureaucrates que vous ne connaissez pas, c'est accepter de mettre votre vie entre les mains de personnes que vous ne respectez pas, mais pire, c'est imposer aux autres une constitution dont ils n'ont cure. Dire oui à la constitution, c'est imposer à ceux qui ne sont même pas nés une ligne de conduite tracée par des gens d'une autre génération, qui ne laisseront probablement dans l'histoire qu'un nom apposée à l'en-tête d'une loi ou d'une directive.




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D'autres raisons
(Anonymous)
2005-04-04 08:32 am UTC (link)
Voici d'autres raisons de voter non:

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/index.htm

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